« N’entre pas dans cette bonne nuit sans violence. »

C’est toujours agréable de faire des liens. Extrêmement intéressant d’observer son cerveau modeler, interpréter et transformer une pensée marquante.

Le titre de ce premier écrit était, au commencement, un extrait d’un poème de Dylan Thomas. Après quelques recherches, il s’avère que la traduction de celui-ci était plutôt dans ce sens :

« N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit »

Pour au final, rebondir sur un lien avec un Interstellar et à nouveau, faire des liens. Recommençons dans une nouvelle interprétation, ce que j’ai retenu de cette leçon. Voici un plongeon dans mes méandres et babillements.

« Do not go gentle into that good night »

Comme une évidence, tout ce qu’il est possible de nommer a un début et une fin, puis un renouveau, ainsi se forment les cycles de vie et de mort. Trop souvent, l’oubli de la seule chose immuable dans ce monde nous mène à cette pensée pleine de désespoir que nous sommes immortels, que rien ne doit changer, une vie n’est pas suffisante, il en faut plus, toujours plus. 

Trop souvent, nous oublions que même la matière, au sens pluriel de sa définition, n’est rien d’autre qu’un état à un instant précis et que plus jamais, elle ne redeviendra ce qu’elle était dans cette observation qui est déjà entrée dans le passé. Un jour, tout cet univers que nous connaissons sera autre. Je suis déjà autre.

Un nouveau cycle naîtra, avec la violente énergie destructrice et créatrice de l’existant. Évidence et violence tourbillonnent inlassablement dans un calme que seul le regard des siècles peut caresser. Tendrement. Avec la patience d’un parent, la douceur du temps.

Tout commence dans cet arrêt brutal, ce coup de pied dans cette vieille fourmilière qu’est notre monde humain. Tel une danse, le pas sur le côté se fait, lentement, les jours s’égrènent, puis les mois lentement se tissent dans ce pas sur le côté. En équilibre, l’humanité vacille, tremble, pleure le passé qui n’est déjà plus.

Trébuche, vrille, trille, 

Les chants d’espoirs et de gloires, 

Ensemble dansent et pansent,

Les noires pensées du pas d’à côté.

Tout commence, dans ce chaotique fin de cycle à mi-chemin entre torpeur et peur. Entraîné dans les abysses collectifs de cette danse mondiale. 

Mon esprit sombre.

Les yeux collés au plafond, le corps désarticulé, lui et moi nous nous regardons. Nouveau pas, mes rétines captent les derniers instants de lumière qui s’égrènent.

Dans ce noir absolu, totalement réveillée, présente dans l’instant, je prends enfin conscience du temps qui s’écoule.

Sans crier gare, la bataille éclate.

Je ne peux pas retourner dans ces bulles de bonheurs et de rêveries qu’étaient mes lectures nocturnes interminables, parsemant abondamment mon enfance. Blanches ont été mes nuits tant le rêve et l’imaginaire était omniprésents, doux sont mes souvenirs de ces instants dans lesquels le temps ne comptait pas. 

Dans mon prisme d’adulte, résonne la définition de nostalgie. D’un temps plus innocent, de lâcher prise et de liberté, d’un temps révolu que je m’évertue à faire renaître, encore et encore. 

Aujourd’hui, je ne sombre plus; je plonge. Toujours plus loin.

Les livres s’accumulent et s’enchaînent sans aucune retenue. Internet est un terreau fertile, cultivée par mon envie de toujours plus, ma recherche de satiété galope pour combler le manque, pour oublier le changement.  Et chaque fois que je quitte cette bulle démoniaque, en sortir est un peu plus long, le choc un peu plus brutal, l’envie d’y retourner toujours plus pressante.

Passion et obsessions se fracassent.

Je suis une droguée à l’imaginaire, à la rêverie et à l’idéalisation. Une drogue dure, qui ne nécessite aucune précaution, où je peux me gaver à loisirs de tous les univers, de toutes les histoires et contes, sans craindre l’overdose. Sans descente cauchemardesque, tant que je suis dans cette bulle huileuse, les yeux lourds d’images édulcorées, la bouche pleine de paillettes et de magies. Je suis une droguée de la fantaisie.

La lutte continue, les lignes se brouillent.

Soudain, je suis à nue. Seule dans ce noir absolu.

Naïve ou vive, sensible ou susceptible, hautaine ou mondaine, froide ou criarde, souriante ou chiante, feignasse ou grognasse, mélancolique ou bi-phasique, rythmique ou bordélique, musicienne ou théoricienne.

Rien.

Rien n’a d’importance.

Seuls comptent mes prochains pas.

Dans cette douce nuit.